ARCHIVES 2001
11e édition du rallye

du 19 au 27 avril

pour autorisation

par Pierre Dumas,

le Gazou-gazette

Toute reproduction
ou utilisation interdite
sans l’approbation de l’auteur

CONTENU : 

INTRODUCTION

ÉTAPE 1

ÉTAPE 4

ÉTAPE 7

PRÉPARATION

ÉTAPE 2

ÉTAPE 5

CLASSEMENT

LES ÉQUIPES

ÉTAPE 3

ÉTAPE 6

RETOUR

 

INTRODUCTION

Avec 15 équipes inscrites, les québécoises enregistrent leur plus forte participation dans l’histoire du Trophée ; il y en avait eu 9 et 12 en 1999 et en 2000. Marie Mathers, la responsable du Trophée Aïcha des Gazelles au Canada, est incapable d'expliquer pourquoi les Québécoises sont aussi nombreuses à participer au rallye : «Peut-être qu'elles aiment les défis ».

 

 

Et c’est une excellente année, avec 5 équipages dans les 10 premières places, dont un podium d’Argent pour Maryline Lambelin et Christine Campan, qui couraient en Quads.

 

Cette année, il faut aussi souligner la création de l’association Cœur de Gazelles qui structure les opérations humanitaires menées déjà depuis des années en marge du Trophée, en faveur des femmes et des enfants du Maroc.

 

Ce compte-rendu est une synthèse d’informations et de commentaires fournis par différentes gazelles et de pages trouvées sur le Web. Soulignons en particulier les importants documents suivants :

 

PRÉPARATION

Après avoir pour la plupart pris possession de leurs véhicules chez Judland près d’Albertville, les québécoises se sont retrouvées pour les vérifications techniques, administratives et médicales le 14 avril aux Forges Sainte-Marie, près de Chaumont, en Haute-Marne,  où se trouve le siège social de l'organisation Maïenga. Aucune d'entre elles n'a échoué son test de navigation avec carte et boussole. Elles sont prêtes.

 

C’est là qu’a lieu le lendemain, dimanche de Pâques, le départ officiel. Le Président du Conseil de la France a organisé un dîner, un défilé et la présentation de chaque équipage sur un podium. Même si elles n'ont qu'une chose en tête : être dans le désert , l'émotion et l'excitation sont là. « Je commence à réaliser, c'est excitant, a déclaré Marie-Pierre Juneau. Mais tant qu'on ne sera pas dans le désert, on ne réalisera pas vraiment. On ne sait pas à quoi s'attendre alors on a hâte ! » Marie-Pierre fait équipe avec Céline Palfroix-Leduc. Elles sont toutes les deux mères de trois enfants entre 2 et 10 ans et ça fait plus d'un an qu'elles rêvent de participer au Trophée.
 

Dans l'ordre de leur numéro d'équipe, les gazelles quittent ensuite pour un long et épuisant périple de 1600 km jusqu’à Almeria, en Andalousie, dans le sud de l’Espagne, où elles prennent à 23h le 17 avril le traversier qui les mène en face à Nador, dans l’Est du Maroc.

 

Elles peuvent alors prendre une bonne nuit de sommeil avant de se taper un autre 9h de route pour arriver en soirée à Dar Kaoua, près de Erfoud, où débutera la première étape demain matin.

 

LES ÉQUIPES

Le Québec compte cette année 15 équipages sur 48, ce qui en fait le deuxième contingent en importance après la France, qui compte sur 52 participantes. Les deux équipes de Quads sont québécoises.

 

Les équipes québécoises sont  ( entre parenthèses, leur classement final ) :

 

# 6      Bleuvision /Gazelles Frangines : Raymonde Dupras et Louise Dupras-Martin ( 45e )

# 7      Henri Liné/Bombardier : Raymonde Legendre et Sophie Racette-Villeneuve,
à leur 3e participation, qui se sont classées 10e l’an dernier
( 4e )

# 8      Aventure Hors-route/Sensation 4x4 : France Sigouin et Gisane Roy ( 5e )

# 10    Les Gazelles Transforce : Isabelle Comtois et Marie-Josée Fortin ( 26e )

# 12    Mazda Tribute : Catherine Goldschmidt et Isabelle Janisse ( 44e )

# 24    Juline : Lyne Farineau et Julie Lafontaine ( 20e )

# 25    Les Intrépides : Sylvie Dénommée et Marie-France Bilodeau, en Quad ( 34e )

# 26    Jeep Gosselin/TMI/ADECO : Guilaine Riopel et Nathalie Valtadaros ( 40e )

# 28    Darphin : Maryline Lambertin et Christine Campan, qui étaient en 4x4 l’an dernier
et s’étaient classées 9e ; elles sont en Quad cette année
( 2e )

# 33    Gazelles RDS : Louise Bergeron et Claudine Douville ; Louise avait été de la première équipe  québécoise en 1996 ( 6e )

# 38    AD OPT : Carol Chiasson et Andrée Roy ( 8e )

# 39    Les Dynamiques : Caroline Bédard et Anouschka Bouchard ( disqualifiées )

# 44    Fondation du sein de Montréal : Odile Ribard et Sylvie Rhéaume ( 30e )

# 46    Les Complices : Magda Kouncar et Nancy Corriveau (  ? )

# 48    Des Sources Jeep Tech : Céline Palfroix et Marie-Pierre Juneau ; cette dernière en est à sa première participation et deviendra une très grande gazelle ( 31e )

 Parmi les autres équipes, signalons :

 

#3       Technologie Fulmen Exide : l’animatrice de TV belge Alexandra Bronkers et Laurence Canarezza,
qui a gagné l’an dernier
( elles termineront 9e )

#18     Gapa 4x4 : Anne-Chantal Pauwels et Emmanuelle Gouilly ( 1e )

#19     Gouvernec : Lamia Berrada et Halima Hayouche ( 3e )

#42     Entreprise au féminin, avec Christiane « Cric » Girka, qui en est à sa première participation
et deviendra une légende du Rallye.

 

ÉTAPE 1, jeudi 19 avril

Une boucle de 120 km autour de Dar Kaoua, avec 5 balises. Oasis, sable, vallées, quelques dromadaires ; une belle initiation au désert, pas trop difficile, pour ne pas décourager les novices. Quelques enlisements quand même pour les moins expérimentées. Le vent n'a pas cessé de souffler ; en soirée, il voulait déménager toutes les tentes du bivouac.

Sophie Racette Villeneuve et Raymonde Legendre se sentaient d'attaque pour leur troisième édition.

 

 « Tout ce que je veux, c'est de ne pas être disqualifiée, confiait Raymonde, 41 ans, à son arrivée au bivouac. Avec l'expérience, je sais prendre mon temps pour viser le cap et j'ai pris de l'expérience pour me localiser sur le terrain. Sophie et moi sommes aussi rendues expertes pour changer des roues. Aujourd'hui, le pneu arrière gauche a éclaté sur le galet et au bout de 10 minutes, nous étions reparties. L'an dernier, nous avons eu 10 crevaisons et ce n'est pas un record à battre ! ».

La course

La première balise fut d’une simplicité enfantine.

Puis les équipages se séparaient sur deux tracés, A ou B selon un tirage au sort.

 

Pour trouver la 2e balise, il fallait contourner des montagnes pour se retrouver sur un plateau. La précision était de mise. C’est là que Nathalie Valtadaros et Guylaine Riopel, #26, ont eu un problème de moteur et ont dû faire appel à l’assistance à cause d’un joint de culasse qui sera remplacé durant la nuit. Déjà, elles avaient dû signer une décharge en cas d'accident puisque Nathalie, dont les bagages n’avaient jamais quitté Montréal, n'avait pas son casque. Puis sur la route, en se rendant au bivouac, elles se sont fait briser le pare-brise par un enfant qui leur a lancé un caillou.

 

Plus loin, la passe entre les dunes n’était pas évidente à trouver et les 4e et 5e balises ont eu peu de visiteuses. La principale préoccupation de beaucoup d’équipages était de rentrer au bivouac avant la nuit, car la nuit dernière a été très courte et la journée de demain sera difficile.

 

Les Quads #25, Sylvie Denommée et Marie-France Bilodeau, ont dû partir toutes les deux sur le même VTT, puisque sur un de leurs véhicules, la courroie de transmission a brisé la veille du départ. Elles ont aussi manqué d'essence en milieu de parcours. N’ayant pas l’autonomie nécessaire,  toute une organisation a été mise en place pour assurer leur ravitaillement ; elles sont finalement rentrées avec une seule balise de récoltée. Elles gardent le moral et leur sourire.

 

En arrivant au bivouac, les québécoises ont eu la surprise d’y voir la comédienne Sylvie Legault venue les encourager. Elle avait participé à la deuxième vague d’équipes québécoises en 1997, en Mauritanie, aux côtés de Danielle Proulx. « Je suis très triste d’avoir manqué le départ officiel de ce matin. L'avion que je devais prendre lundi a été annulé. J'ai mis 42h pour arriver mais ça a valu le coup. J'ai hâte d'être au cœur du désert et revivre l'événement avec les filles ». Sylvie retournera à Montréal le 24 avril.

 

À 20 h, il ne manquait que quelques équipes au bivouac. Les Gazelles SAQ (39) et Bleuvision/Gazelles Frangines (6), qui ne trouvaient pas le bivouac vers 21h, ont choisi de dormir dans une auberge située à quelques kilomètres du bivouac. Il est vrai que la nuit tombée, sans compter sur le vent de sable qui soufflait encore, il n'était pas facile de s'orienter. Un seul hic pour Anouschka Bouchard et Caroline Bédard (SAQ) : elles ont perdu leur tente qui s'est envolée ! Mais elles s'organiseront avec d'autres gazelles pour trouver un gîte demain soir.

 

Quant à l'équipage (24), Les Juline, composé de Julie Lafontaine et Line Farineau, elles ont passé la nuit dans le désert. Le seul équipage moto, les Françaises Isabelle Gazon et Sylvie Labrachie, venues de Charente-Maritime, ont aussi été prises par la nuit et dorment dans le désert.

Les équipes et le classement

Jusqu'à 20h, l'équipe #7 de Sophie et Raymonde, qui avaient trouvé toutes les balises, était en tête du classement provisoire. Et on s’inquiétait pour les Quads #28, Maryline et Christine, dont on n’avait pas de nouvelles. Elles arrivent finalement épuisées, avec les 5 balises pointées et 0,22 km de moins que #7 !  Elles prennent la tête du classement. Mais les treize premières se suivent de très près.

 

L'équipage #8, Gisane Roy et France Sigouin, prend la 5e place. Elles avaient eu peur de ne pas se rendre au Maroc à cause d’un problème de pompe à essence. En attendant de changer la pièce défectueuse, elles ont contourné le problème en maintenant leur réservoir toujours au moins à moitié plein. Mais comme il n’y a pas de stations d’essence à tous les coins de rue, elles ont eu la permission spéciale de trimbaler des jerricans d’essence  sur la galerie du toit de leur 4x4 afin de se  ravitailler sur le parcours.  « En autant que la mécanique ne nous lâche pas, on restera dans la course », commentait Gisane.

Les sortes de gazelles

Philipe, qui participe à l’organisation depuis dix ans, classe les gazelles :

 

Dès la première étape, on voit qu’il y a deux sortes d’équipages : celles qui sont choisies par de grands groupes, ont eu un entraînement intensif et ont sur elles la pression de leur unique sponsor.  Des intérêts énormes sont en jeu, notamment à propos du 4x4 : le marché européen sera bientôt fermé mais il s’ouvre ailleurs et notamment au Maroc. Les marques veulent prouver qu’elles sont les meilleures et leurs équipes doivent gagner. On les retrouve donc dans les premières.

 

Les Québécoises  sont redoutables : « je n’en ai jamais vu une craquer ».

 

Derrière courent celles qui sont là pour l’aventure. Mais même ainsi, il faut une préparation physique importante et surtout des connaissances irréprochables en navigation.

 

Parlant de craquage, l’équipe Haute-Marne #37, avec Stéphanie Charton et Sandrine Thouvenin avait quitté leur département après de grandes réceptions civiques et dans un grand battage publicitaire.  Après cette première étape somme toute assez inoffensive, Sandrine a craqué. Angoisse, peur : ce n’est pas, mais absolument pas ce à quoi elle s’attendait.  Elle fait sa valise et retourne chez sa mère.  Au grand dam de Stéphanie qui, ce soir, a son m… voyage.

 

 

ÉTAPE 2, vendredi 20 avril

Une autre boucle autour de Dar Kaoua, 110km, 5 balises.

 

Une deuxième étape redoutée, comme les aiment les gazelles, avec du sable à volonté lors de la traversée de l'Erg Chebbi et ses impressionnantes dunes de Merzouga. Sortez vos pelles les filles et dégonflez vos pneus ! Le vent venait hier soir du Nord, ce qui annoncerait du beau temps. En effet, il a fait beau toute la journée, mais vers 18 heures, une tempête de sable s'est levée : pluie, vents violents et éclairs électriques.

 

Les motardes ne sont arrivées que ce matin et ont pris le départ juste avant midi. Elles ont choisi de rentrer rapidement et elles verront demain si elles continuent ou abandonnent. Les autres égarées ont aussi pu réintégrer le bivouac et prendre le départ.

La course

Les équipages de VTT ont eu beaucoup de plaisir aujourd'hui dans les dunes qu’elles n'ont eu aucun problème à passer. Situation similaire pour Sophie Racette-Villeneuve (#7) qui, après une troisième participation au Trophée, a acquis beaucoup d'expérience de la conduite dans le sable aux commandes de son 4 X 4.

 

Marie-Pierre et Céline # 48 vaient dormi, avec 2 autres équipes, au milieu des dunes. Elle sont parties plus tard ce matin et après 3 km seulement, avec un cow-boy au volant, elles ont fait passer le porte-bagage en avant du camion. Cela explique pourquoi elles étaient encore tout près du bivouac à 12h00. Elle ont fait appel à l'assistance mécanique, (cela coûte 200 points), pour remettre le porte bagage sur le toit. Puis le cow-boy s'est résigné à la navigation.

 

À 18 heures, une tempête de sable s'est levée : pluie, vents violents et éclairs électriques et c’est difficile pour les équipes qui ne sont pas encore rentrées au bivouac. Parmi celles-ci, on retrouve l'équipe Mazda-Tribute (#12), Les Juline (#24), Les Intrépides (#25), Les Gazelles pour la Fondation du cancer du sein (#44) et l'équipe de la SAQ (#39). On espère de meilleures conditions pour demain...


Une autre surprise ce soir en rentrant au bivouac : la visite de Jean-Louis Schlesser, triple Champion du Monde des rallyes–raid et qui connaît très bien le désert. Les filles  l’ont fait totalement craquer ! « Leur détermination, leur volonté, leur sens de l’orientation sont impressionnants ».

Classement

L’étape a été remportée par Sophie et Raymonde. Inutile de décrire l’ambiance qui régnait dans leur habitacle en apprenant la bonne nouvelle. Les explosions de bonheur, les congratulations avec tout le staff canadien n’ont pas manqué d’animer le bivouac de longues minutes sous les yeux très surpris de Jean-Louis Schlesser, peu habitué à ces manifestations de joie sur d’autres raids. « Pas d’erreur durant l’étape, nous tombions pile sur chaque balise, ayant tracé les bons caps ».

 

Avec 55,02 points, elles prennent en même temps la tête du classement général, délogeant l'équipage de quad Darphin (#28) composé de Marilyne Lambelin et Christine Campan, qui se retrouve en troisième position avec 58,34 points, après #18 GAPA 4X4 de Anne-Chantal Pauwels et Emmanuelle Gouilly qui ont 55,95 points. Mais elles n’ont pas perdu leur sourire. « Nous concluons la deuxième étape, il en reste cinq, rien n’est perdu » annonce Christine Campan. « Nous nous sommes superbement baladées au cours de la journée, et pour la première fois nous avons surfé sur les dunes alors que quinze jours auparavant, nous étions dans la neige ! Nous avons perdu la tête du classement général uniquement par un manque d’attention avant l’arrivée »

 

Mais une différence de seulement 3 points, donc 3 kilomètres, séparent les trois premières équipes. On sent que l'expérience en navigation est très importante. Et une marge importante commence à se créer entre les équipes de tête et les autres.

 

Parmi les nouveaux équipages de cette année, l'équipage (8), Aventure Hors Route / Évasion 4 X 4, Gisane Roy et France Sigouin, conserve sa 5e position, avec 75,11 points « On espérait une bonne position, mais on ne s'attendait pas à se classer aussi bien. Depuis le mois de septembre, on a pris tous les cours nécessaires pour être bien préparées ».

 

L’équipe RDS # 33 est la seule autre équipe québécoise dans les 20 premières ; elles passent de la 19e à la 13e place.

 

Une des équipes qui s'est bien reprise aujourd'hui, c'est l'équipe Transforce (10). Marie-Josée Fortin et Isabelle Comtois ont trouvé les cinq balises de l'étape et sont rentrées relativement tôt au bivouac avec seulement vingt-trois kilomètres de pénalité ; elles grimpent de la 44e à la 25e place.

 

ÉTAPE 3, samedi 21 avril

De Dar Kaoua à Msissi, 150km, 5 balises.

 

Après avoir passé trois nuits à Dar Kaoua, les gazelles déménagent de bivouac. Elles traverseront un magnifique Oued et franchiront des plateaux très arides pour finalement se retrouver à Msissi, légèrement plus à l'ouest de Dar Kaoua. Une dure journée en perspective, en raison dune part du kilométrage et d’autre part de la fatigue qui commence se faire sentir. « Vraiment une étape dure, des cailloux, du sable du fech-fech, des trous, des oueds… » a résumé Nathalie Vadaltaros.
 


L'écart se creuse de jour en jour entre les Gazelles qui maîtrisent bien les techniques de navigation et celles qui ont plus de difficulté. Le plus important - et le plus difficile -, c'est la reconnaissance des éléments de terrain sur la carte. Une fois qu'elles savent bien lire les cartes, il est beaucoup plus facile de savoir par où contourner les obstacles, se replacer sur la carte et confirmer leurs calculs en pratique.

Peu de concurrentes ont atteint les cinq balises. Bon nombre d’entre elles ont opté pour un retour vers le bivouac avant que la nuit ne tombe. Une sage décision pour certaines qui depuis trois étapes dorment peu et ont besoin de se refaire une santé. C’est entre autres ce qui est arrivé à Marie-Pierre et Céline, #48, qui à cause de l'épuisement et la volonté de ne pas coucher seules dans le désert, se sont dirigées vers le bivouac après quelques balises. Elles ont quand même beaucoup de plaisir et leur Jeep est extraordinaire. Elles ont dépris plusieurs équipage depuis 3 jours.

Les quads #28 (Darphin) sont rentrés avec les 5 balises. Mais la fatigue se fait sentir. Les nombreux cailloux sur le terrain font que ça brasse et ce sont les bras et le dos qui encaissent le plus. « Il me semble que j'aurais besoin d'un bon massage, lance Maryline. Je vais essayer de voir avec Sylvie Legault ! »  Hier soir, la comédienne s'est transformée en massothérapeute en a détendu quelques unes... Elles ont pesté car elles ont dû attendre presque trois heures le ravitaillement d’essence.  Elles sont frustrées car elles n’ont pas suffisamment d’autonomie avec leurs drôles d’engins.

Dans l’après-midi, Michèle Babik, pilote de Total #49, a fait un grand saut de gazelle au sommet d’une dune. Le véhicule n’est pas cassé mais on ne peut en dire autant du champagne et du bordeaux qui avaient jusqu’ici été soigneusement conservés pour l’étape marathon !

L’équipe #18 Gappa 4x4 prend la tête du classement avec un cumulatif de 100 points, alors que Sophie et Raymonde glissent en 2e avec 219. Darphin #28 conserve sa 3e place avec 328.

 

ÉTAPE 4, dimanche 22 avril

De Msissi à Tazzarine, 142km, 5 balises
Traversée de paysages façonnés par le vent.

Une journée très chaude, beaucoup de mirages. Carol Chiasson et Andrée Roy # 38 perdent plusieurs dizaines de points à tourner autour de la balise 2.  La 3e était aussi très difficile à trouver.

 

Isabelle Comtois et Marie-Josée Fortin ( Transforce #10 ) ont aussi énormément zigzagué et se sont ensablées pas à peu près. Elles font des sauts de puce de cinq mètres en 5 mètres pour s’en sortir.

Christine Campan a mal au dos depuis la balise 3. Au poste de ravitaillement à la balise 4, elle s’engueule avec Marilyne. Elles prennent une dose de vitamines et se réconcilient.

Et après la balise 5, une bonne distance à parcourir dans une région montagneuse jusqu’au bivouac. Celles qui l’ont fait à la noirceur ne l’ont pas du tout apprécié.

Les novices France Sigouin et Gisane Roy ( # 8 Aventure Hors Route/Sensation 4x4) ne voulaient surtout pas se faire prendre par la noirceur et ont avalé leur ration alimentaire au pas de course. « Quand nous sommes passées à la balise 2 nous étions 14e ,  3e à la 3, et premières aux balises 4 et 5. C’est d’autant plus réconfortant  que hier,  nous avons cassé les croisillons de l’arbre de transmission. Nous sommes continuellement inquiètes sur le plan mécanique car la température monte très vite ».

À chaque soir, les organisateurs s’extasient en observant des filles, certes fatiguées mais heureuses de brandir leur carton de pointage avec les tampons des balises. L’ambiance est toujours au beau fixe !

Au classement provisoire en soirée, les quads Darphin #28 remportent l’étape et se glissent en seconde place avec 287 points, derrière Gappa 4x4 qui conserve la première place avec 120 points.

Mais on est sans nouvelles de #7 Sophie et Raymonde. Elles ne rentreront que demain matin, à 8h30. Elles ont passé la nuit à la belle étoile après avoir pointé la 5 juste avant le coucher du soleil. Elles avaient en fait jusqu’à midi, demain, pour remettre leur carte parfaite au bivouac. Elles gagnent l ‘étape et conservent leur 2e position au classement général.

Odile Ribard et Sylvie Rhéaume ( #30 ) font une remontée spectaculaire de la 44e à la 16e position.

 

ÉTAPE 5, lundi 23 avril

Une boucle de 142 km autour de Tazzarine, ponctuée de villages. Probablement l’étape la plus belle et la plus variée. Mais il fait chaud et il y a beaucoup de mirages, ce qui ne facilite pas le repérage.

 

Presque tous les véhicules carburent du diesel.  Seulement cinq équipages utilisent du sans plomb. Hier, le détaillant Total, après avoir versé la dernière goutte de sans plomb, a averti l'organisation que le réservoir était vide. Un véhicule d'appoint devrait arriver ce soir, mais pour ce matin, il y a un gros problème.
 

Chez les québécoises, les équipages #12, 25, 28 et 48 sont touchés. #12 Mazda Tribute se sont rendues tôt en ville et ont vidé le réservoir de la seule station où l'on peut trouver de l'essence ! Les autres équipes ont dû faire le trajet jusqu'à la ville suivante.  En compensation de leur départ retardé sur le parcours, les filles concernées ont obtenu la 1e balise gratuitement et l'organisation leur a coupé la troisième. D'emblée, tout le monde était d’accord avec cette décision.

 

Le parcours a donné du fil à retordre à plusieurs. L’équipe RDS #33 de Louise Bergeron et Claudine Douville a facilement passé les balises 1 et 2, puis mis 5 heures à trouver la 3. Puis seulement 15 minutes pour la 4. « Cherchez l’erreur. Nous aurions pu arriver à 15 heures au bivouac mais nous avons opté pour du hors piste, même un chameau ne serait pas passé dans certains endroits. J’ai eu une overdose de cailloux », a déclaré Louise.

 

Du côté de l’équipe #48, Céline est épuisée. « Je prends des médicaments car je souffre de mon épaule droite et cela m’endort » .

 

La première équipe à rentrer sur le bivouac, vers 16h, était celle d'Aventure Hors Route / Évasion 4 X 4, l'équipe de France Sigouin et Gisane Roy. Présentement 9e au classement général provisoire, cette équipe qui en est à sa première participation impressionne les organisateurs. « On passé dans un oued ce matin pour couper la route, mais il était rempli de grosses roches, on a dû rebrousser chemin. C'est de cette manière que l'on a accumulé des kilomètres. Puis, nous nous sommes engouffrées sur une piste sinueuse qui finalement nous fit tomber sur la balise 2. Les trois dernières furent une simple formalité ». Elles sont rentrées au bivouac en simulant un hold-up, pistolet à eau en main, lunettes noires et casques. Elles ont braqué Jean Brossard et Jean-Paul Julienne, les responsables du classement, heureusement incorruptibles !

 

Après leur entrée tardive, Sophie Racette-Villeneuve et Raymonde Legendre se sont un peu reposées, ont fait le plein, tracé leurs cartes. Elles ont quitté le bivouac vers 11h30 ( elles avaient jusqu’à midi pour le faire ). « Avec un acharnement que nous ne nous connaissions pas, nous sommes reparties pour vivre une journée mémorable marquée par la cueillette des cinq balises, trouvées en un temps record. Nous étions enragées, raconte Raymonde Legendre. On a tracé sans s'arrêter un seul instant. On voulait revenir tôt au bivouac ce soir. On peut même faire le parcours en s'amusant.».

 

L'équipe #6 Bleuvison/Gazelles Frangines de Louise et Raymonde Dupras, que les gazelles ont baptisées « Les mamies » a pointé les cinq balises mais se sont égarées en prenant la route du retour vers le bivouac.  À 16 h, elles étaient à peine à 30 km du bivouac et émettaient un signal d'assistance mécanique... pour cause de panne d'essence.

 

L'équipe Gosselin / TMI / Adecco (26), qui ont eu plusieurs malchances depuis le début, ont encore été victimes de leur radiateur après la 1e balise. Elles sont revenues au bivouac faire réparer les dégâts, sont reparties à 12h mais sont rentrées rapidement. Nathalie avait une petite gastro et Guylaine se sentait plutôt découragée et songeait sérieusement à abandonner. Après la journée de repos, Guylaine a décidé qu'elle repartirait le lendemain matin pour les trois prochains jours de l'épreuve. C'était le soulagement pour Nathalie, qui voulait absolument continuer.

 

Une contre-performance aujourd’hui pour Anne Chantal Pauwels et Emmanuelle Gouilly qui se sont un peu perdues en début de journée, avant de se ressaisir. Elles terminent l’étape en 11e position et diminuent leur avance sur Sophie et Raymonde, qui ont gagné l’épreuve avec seulement 22 points de pénalité. Pour l’avoir fait en seulement une demi-journée, quelle performance ! Darphin maintient sa 3e position.

 

Sylvie Legault, qui est encore sur le bivouac jusqu'à ce soir, commence à penser qu’elle risque de perdre son titre du seul et évidemment meilleur podium jamais remporté par des québécoises, le Bronze, lors de l'Édition 1997, qui s'était déroulée en Mauritanie. Cette année, on a des Québécoises très fortes. En tout cas, Sylvie va manquer aux Gazelles sur le bivouac parce qu'elle est championne pour créer de l'animation ! Le premier départ qu'elle a donné en chantant de l'opéra restera, entre autres, gravé dans l’histoire du Trophée !

 

ÉTAPE 6, mardi 24 avril

De Tazzarine à Mhamid, 167km, 6 balises.

Plein cap vers le sud. Les gazelles ne vont pas aimer les cailloux dans les premiers 120 km. Puis ce seront d’immenses plaines avant d’atteindre Mhamid dans une palmeraie répertoriée comme une des plus majestueuses du Maroc.

 

Dès le départ, plusieurs ont eu de la difficulté à dénicher la 2e balise. Sophie et Raymonde roulent un peu trop vite, manquent d’attention et passent un peu trop à gauche du parcours, au pied d’une falaise. Louise et Claudine sont aussi allées trop haut par rapport à la balise 2 et se sont ensuite ensablées avant de traverser un horrible oued pour aller chercher la 4.

 

Les Dynamiques #39 avaient passé une ( courte ) nuit à la belle étoile. Elles ont poiinté la dernière balise 5 minutes avant la fermeture et sont arrivées au bivouac à 19h, avec « un sacré besoin de dormir les poings fermés ».

 

Nathalie Valtadaros et Guilaine Riopel ont pour la première fois pointé toutes les balises. « Mieux vaut tard que jamais ! Nous sommes prêtes pour le marathon ».


En fait, 28 équipes ont pointé toutes les balises. Il ne faut pas croire que la course est plus facile mais plutôt que les gazelles acquièrent de l’expérience au fil des jours.

Tout le monde conserve sa position en tête. Gappa 4x4 est 140 points en avant de Sophie et Raymonde, elles-mêmes 35 points devant les quads Darphin.

 

ÉTAPE 7,

mercredi 25 et jeudi 26 avril

De Mhamid à Foum-Zguid, 227km, 10 balises.

Étape marathon de deux jours, sans assistance. Il y a des secteurs très difficiles, avec de hautes dunes et peu de pistes de sable dur. C’est assurément l'épreuve la plus pénible. Elles s’organiseront selon le hasard et les affinités pour une nuit exceptionnelle à la belle étoile.

 

Les Gazelles ont terminé l'ultime épreuve, épuisées par la conduite dans les dunes Mhamid et dans les plateaux de cailloux, pour la plupart avec satisfaction. Pour certaines Gazelles, arrivées au bout de leur force, il était temps que l'événement se termine, alors que pour d'autres, ces étapes leur ont permis de se sentir parfaitement à l'aise sur ce type de parcours et se sentaient prêtes à remonter d'autres défis...

Les malheurs de Sophie

Sophie et Raymonde avaient l’ambition de faire mieux que l’année passée. Elles s’en donnent la peine et ont gardé la deuxième place jusqu’à la dernière épreuve. Un organisateur a déclaré : « Je n’ai jamais vu, depuis dix ans que je suis le Trophée, une Canadienne craquer ! ».  Une Canadienne, non, mais une voiture si. Sophie et Raymonde ont fait réviser la leur la veille. À peine avaient-elles franchi la 1e balise qu'une des lames de ressort les avait lâchées. Après avoir fait une demande d'assistance mécanique - qui leur a coûté 200 points de pénalités - et au bout de plusieurs heures, elles ont pu repartir et atteindre la troisième balise avant la nuit.

 

Le lendemain, elles sont arrivées au bivouac avec les 10 balises requises, mais l'écart entre les 3e et 4e position au classement général n'était pas suffisant pour qu'elles puissent conserver leur position au classement. Elles terminent donc en 4e position. Ce n’est pas une catastrophe mais tout de même, la déception est terrible. Sophie se force encore à rire mais les larmes sont dures à cacher.

 

« On a goûté à l'espoir de monter sur le podium pendant tout le rallye. Nous sommes déçues, c'est certain... Surtout que nous en sommes à notre 3e participation et que tout allait bien avant le bris mécanique. Notre objectif de base n'était pas de finir la course cette année, mais d'être parmi les meilleures positions de tête », raconte Sophie.

 

CLASSEMENT

Anne-Chantal Pauwels et Emmanuelle Gouilly remportent l’Or.

Maryline Lambelin et Christine Campan, avec l’Argent, deviennent les meilleures québécoises de l’histoire. Les dunes facilement franchissables en quads les ont nettement avantagées.  «  Nous pouvions monter sur les plus hautes dunes, où les autres 4 X 4 ne pouvaient se rendre... », avoue Maryline. « C'était cependant plus physique que l'année dernière, estime Christine. La dernière partie de l'étape marathon nous a littéralement tuées avec les cailloux ». « Malgré les efforts physiques, les dunes étaient tout simplement magiques ! », s'exclame Maryline.

En 5e position, l'équipe novice Aventure Hors Route / Sensation 4X4 (8), composée de France Sigouin et Gisane Roy a bien performé dès la première étape, qu’elles ont terminée en 4e  position. Alors que tout allait pour le mieux, elles ont brisé leur différentiel à l’étape 3, ce qui leur a coûté 200 points d'assistance mécanique en plus de ne pas avoir pointé les deux dernières balises. Elles ont repris la course le lendemain et pointé les 5 balises. Elles étaient visiblement bien préparées en navigation pour une première expérience sur le Trophée. Leurs ennuis mécaniques avaient débuté en France et ne les a vraiment jamais quittées. Lorsqu'elles ont eu la confirmation de leur résultat au classement général, elles ont éclaté en sanglots : un baume sur leurs mésaventures !

Les Gazelles RDS #33 Louise Bergeron et Claudine Douville ont travaillé très fort pour se mériter la 6e place. Elles n’ont manqué que 2 balises de tout le Rallye. Bonne navigatrice, Louise était de la première équipe québécoise à prendre part au Trophée en 1996. « J'étais très nerveuse avant de partir parce que je savais à quoi m'attendre. On revit les mêmes angoisses à chaque balise », raconte Louise. Claudine pour sa part garde un beau souvenir de sa première participation : « L'entraide entre les participantes est remarquable sur le Trophée, surtout durant l’étape marathon. Nous tenterons très certainement de revenir l'an prochain ».

Carol Chiasson et Andrée Roy ( Ad-Opt #38 ) étaient bien décidées à performer. Elles ont atteint une 8e place au classement général avec beaucoup d'effort, mais aussi beaucoup de précision. Pas de problème majeur dans leur cas, seulement un peu d'adaptation et d'ajustement au début, ensuite les étapes se sont fait successivement avec beaucoup de précision.

Laurence Canarezza, qui avait gagné le Trophée l’an dernier, n’a fait qu’une 9e position cette année, avec Alexandra Bronkers. Cette dernière a animé pendant deux ans l’émission Célébrités, en Belgique. Elle s’est ensuite lancée dans les photos de nu pour un magazine où, ma foi, elle faisait belle figure. Sa popularité a ensuite chuté à cause de la grande disponibilité de ce type de produit sur Internet.

Sur la totalité des équipages québécois inscrits, une seule équipe a été disqualifiée, selon la nouvelle réglementation, parce qu'elles ne sont pas arrivées au bivouac dans les 48 heures accordées. Il s'agit des Mamies Raymonde Dupras et Louise Dupras-Martin.

 

RETOUR

Vendredi le 27 avril, les gazelles ont quitté Foum-Zquid, longé les Monts Atlas et atteint la côte Atlantique à Agadir, puis sont remontées jusqu’à Essaouira où, samedi le 28, elles ont défilé sur sa magnifique plage puis ont assisté au gala en leur honneur à l’hôtel Sofitel-Thalassa.

 

Lors de la présentation des équipes, Sophie Racette-Villeneuve et Raymonde Legendre sont les plus applaudies. Toute la salle se lève pour les acclamer.

 

Plus tard, Maryline et Christine montent sur le podium. Elles appellent Sophie et Raymonde pour leur offrir leur deuxième place. Un geste que l’on n’a encore jamais vu dans une épreuve sportive et certainement le plus grand moment de la remise des prix !

 

Bravo les gazelles !

 

 

 

         Archives         Haut de page        Accueil