ARCHIVES 2002
12e édition du rallye

du 28 mars au 4 avril

pour autorisation

par Pierre Dumas,

le Gazou-gazette

Toute reproduction
ou utilisation interdite
sans l’approbation de l’auteur

CONTENU :

INTRODUCTION

ÉTAPE 1

ÉTAPE 4

CLASSEMENT

PRÉPARATION

ÉTAPE 2

ÉTAPE 5

ÉPILOGUE

LES ÉQUIPES

ÉTAPE 3

ÉTAPE 6

 

 

INTRODUCTION

Une bonne année pour les québécoises, qui prennent 6 places parmi les 12 premières, dont 2 podiums, dont l’Or pour Louise Bergeron et Claudine Douville, une première québécoise. Pour la dernière fois cette année, tous les types de véhicules s’affrontent dans une même classe.

 

Cette année, les handicapées Béatrice Hess, multiple championne paralympique de natation et Émilie Benazech ont été les pionnières sur le Rallye des Gazelles pour montrer que tout est possible, même si l'on est confronté au handicap. Leur esprit sportif leur a permis de rejoindre l'arrivée à la 32ème place.  « Le handicap ne dispense pas de l'envie de rêver ni du besoin de se dépasser, nous avons montré fièrement nos différences en tentant de casser les préjugés », a raconté Émilie Bénazech.

 

NOTE : Contrairement aux prochaines années, je n’étais pas en 2002 le correspondant d’une équipe. Ce compte-rendu a été préparé principalement à partir des notes de Francine Plante, qui pour la première fois faisait équipe avec Marie-Pierre Juneau et que nous suivrons plus particulièrement.

 

J’ai aussi utilisé des informations et articles trouvés sur Internet ; soulignons ici les excellents compte-rendus et récits des Gazelles ING Ghislaine Beaucage et Chantal Vézina qui, encore en 2005, se retrouvent sur leur site :

http://www.gazellesing.ca/2002/journal/index.html

 

PRÉPARATION

Mercredi 20 mars, Francine et Marie-Pierre ont leur première déception : elles voyagent en classe économique. La seconde : 300 $ de surplus de bagages. Troisième : 11 valises à transporter à tout bout de champ ! Quatrième : 2 sandwichs et une bière à partager, à CDG : 15 $. Vive la France !

 

Transfert dans le TGV de Lyon. Transfert sur le train de Chambéry. Transfert sur le train d’Albertville. À destination, pas de porteur, pas de chariot, pas d’élévateur. Marie-Pierre descend des bagages alors que Francine, de son côté, se contente de les lancer en bas !

 

Elles parviennent finalement à récupérer le camion chez Jugand, chez qui presque toutes les québécoises prennent leur véhicule.  Souper très sympathique en compagnie d’autres Gazelles et de Jugand. Au menu, fondue savoyarde, raclette et un délicieux vacherin au dessert. Jugand ramasse la facture. Y’é pas mal fin !

À l’auberge, Francine fait des acrobaties pour se laver dans le vieux lavabo de la très petite et très vieille salle de bain commune à l’autre bout de l’étage, après avoir fait la course pour repeser sur un piton de lumière avant que tout s’éteigne. Marie-Pierre se bidonne car elle vient de découvrir dans la chambre que ce qu’elles croyaient être un garde-robe était en fait une salle de bain privée et flambant neuve !

 

Vendredi le 22 mars, on se déplace à  Chaumont, dans la Marne, à l’est de Paris. Belle chambre confortable et bon souper bien arrosé. C’est la fête à la table des Québécoises. On rit fort. Marie-Pierre aura un peu mal aux cheveux le lendemain matin.

 

Samedi le 23 mars :  briefing, vérifications techniques, pose des autocollants,  séance  de photos, remise des nombreux cadeaux des gentils commanditaires ( une 12e valise, jouâlvert ! ). En fin d’après-midi, sur la place de l'Hôtel de Ville, présentation au public venu les supporter.  Et en soirée, ma chère, un cocktail-dinatoire au château Arc-en-Barrois.

 

Dimanche le 24 mars, c’est le départ officiel du Trophée à Chaumont. 47 équipages au total, originaires de France, du Québec, d'Italie, du Maroc, d'Espagne et du Liban. Le camion est chargé. On peut même voir par la vitre arrière ! Yessss !  Présentation officielle, Hop ! sur le podium ; c’est un très beau moment. Et c’est parti mon kiki ! Convoi vers Barcelone avec les sœurs Guérer. Il fait super beau !

 

Lundi 25 mars : elles quittent Barcelone à 9h00. Oranges à perte de vue et à flancs de montagnes et au pied des villes… À Piles, lunch au bord de la mer avec une paella aux fruits de mer. 800 km de 9h00 à 19h00.

 

Mardi 26 mars : Almérias : l’enfer pour trouver un resto, l’enfer pour trouver un parking. Pour retourner au bateau, atterrissage en pleine procession. Les rues sont fermées. Finalement le bateau : c’est pas le bon. Coucher sur le ferry : l’enfer ! Y fait chaud, ça pue… Plusieurs Gazelles endommagent leurs galeries de toit parce que le garage du bateau est trop bas… C’est le zoo !

 

Mercredi 27 mars : très long avant d’accoster et de sortir les véhicules. Les sœurs Guérer, après avoir aidé tout le monde à reculer et à sortir, endommagent elles-mêmes leurs galeries de toit… Et les formalités d’immigration : le zoo au cube ! Sophie Racette-Villeneuve prend en charge l’administration des passeports, les négociations et les autres formalités. Agent de sécurité de profession et reconnue pour son humour et son charisme d’autre part, elle utilise l’ensemble de ses talents de façon optimale pour convaincre les récalcitrants et détricoter les tracasseries administratives ! 

 

Convoi en direction de Dar Kaoua avec Sophie et Raymonde, les sœurs Guérer et les Gazelles ING. Le temps est venteux et couvert. Les haies de cactus sont assez différentes, disons, de nos haies de cèdres. Lunch à Missour. Francine et Marie-Pierre croyaient qu’une des filles avait ramassé la facture et qu’on la rembourserait plus tard. Tajine, poulet, coke et yogourt aux frais de la princesse !

 

Et c’est une majestueuse tempête de sable qui accueille les gazelles au bivouac. L’étalonnement du compteur des voitures et le remplissage du réservoir se sont donc fait rapidement. La grande tente du bivouac a offert un abri bienvenu pour les dernières révisions, mais pas pour dormir. Certaines gazelles ont passé leur première nuit de désert dans leur voiture.

 

Cet après-midi, au village, elles ont rencontré Mohammed, un tresseur de dromadaires en osier. Il propose un thé à la menthe et un massage berbère chez lui. « Merci, notre religion ne nous le permet pas ».

 

LES ÉQUIPES

Il y a 47 équipes, dont 11 québécoises ( entre parenthèses, leur classement final ) :

 

#7       Gapa 4x4 : Sophie Racette-Villeneuve et Raymonde Legendre, à leur 4e participation ( 11e )

#9       Kikhe : Krystel Beaucage et Mélanie Desmeules ( 30e )

#10     Publitour Marketing : Suzy Léveillé et Tanya Reddy ( 7e )

#15     Pepsi : les sœurs France et Lyne Guérer, qui en sont à leur 2e participation ( 8e )

#18     Carpedia.com : Francine Plante et Marie-Pierre Juneau, qui avait été 31e/48 en 2001
avec Céline Palfroix ( auront le Bronze )

#19     Conifère : Manon Richard et Julie Labbé ( 19e )

#20     Gazelles ING : Ghislaine Beaucage et Chantal Vézina ( 36e )

#21     Sport Expert : les « Bleuets » Manon Vermette et Marie-Hélène Guérin ( 28e )

#25     Henri Linné/TMR/NF : Josée Depuis et Manon De Arburn ( 35e )

#33     RDS : Louise Bergeron et Claudine Douville, qui en sont respectivement à leur 3e et 2e participation
( auront la médaille d’Or )

#46     Nouveau JD Boischatel : Nathalie Allaire ( 2e participation ) et Sophie Théorêt ( 12e )

 

Parmi les autres, mentionnons :

 

#11     Véronique Tirebois et Dany Bernard ( 5e, seront 4e l’an prochain )

#17     Henri Activert : France Gimenez et Patricia Poncet ( en quads, qui auront l’Argent cette année
et l’Or en 2003 )

#23     Suzuki Maroc : Annick Denoncin ( 5e participation ) et Fatine Brahim ( 4e )

#29     la super-modèle Margareth Lahoussaye-Duvigny, à sa 5e participation ( 18e )

#42     Entreprise au féminin : Nathalie Turbot et Christiane « Cric » Girka ( 6e, Cric aura l’Or l’an prochain )

#49     Handi Gazelles : Béatrice Hess et Émilie Benazech, le premier équipage d’handicapées ( 32e )

 

ÉTAPE 1,  jeudi le 28 mars

Une boucle de 122 kilomètres autour de Ihandar, avec 5 balises. Un terrain peu accidenté fait de sable et de cailloux.

 

Départ à six heures du matin ; les gazelles ont très mal dormi à cause du fort vent de sable qui n’a pas arrêté de les poivrer.  Les tentes sont devenues des carrés de sable.

 

Dès la 1e balise, Francine et Marie-Pierre s’enlisent devant tout le monde. C’est la honte en partant. Elles dégonflent les pneus, sans succès ; elles se font remorquer par #9 Krystel et Mélanie. Elles dépannent à leur tour un équipage français. Francine prend beaucoup de temps avec la navigation. Marie-Pierre trépigne : « Prends ton temps, mais fais ça vite ! ».

 

Malgré tout, elles sont les 4e à pointer la 2e balise. Il y a une fuite importante sous le camion. Elles imaginent les pires scénarios mais ce n’est finalement qu’un bouchon mal fixé sur un jerrycan d’eau. Elles boiront moins.

 

Départ pour la 3e balise. Les instructions ne sont pas claires ; il faut faire des suppositions. Avec beaucoup de chance, elles tombent pile droit dessus. La 4e balise se fait très bien. Pour la 5e, elles ont beaucoup tourné avant de trouver la piste qui traverse le cordon de dunes. Et à 15h, après être parties en milieu de grille, après cette perte de temps à la 1ère balise, malgré la tempête de sable, elles arrivent les premières à la 5e balise et au bivouac. Tellement tôt que le campement n’était pas encore prêt !

 

Et elles terminent cette première étape en 1e position. « Là tu vis vraiment ton heure de gloire. Tous les photographes se précipitent, les journalistes suivent, se mettent à te poser plein de questions. Et personne n’a la moindre idée de qui tu es et d’où tu viens ! C’est extraordinaire. Et si nous avions du casser la voiture le lendemain, ça n’aurait pas été grave. On avait vécu ce moment exceptionnel : nous venions de prouver qu’on ne menait pas une vie banale ! »

 

En soirée, tout le monde est arrivé à bon port malgré quelques détours pour certaines et un peu de pelletage pour d’autres. Avec RDS, ce sont deux équipages de québécoises parmi les cinq premières.

 

ÉTAPE 2, vendredi 29 mars

Un parcours de sable blanc et de rocaille de Ihandar à Tazzarine. L’habitude de se sortir des bancs de neige doit aider les québécoises à se sortir des bancs de sable. Le pelletage, que les françaises appellent "le jardinage" était en effet au menu de cette étape. Certaines ont mis jusqu'à deux heures pour sortir leur véhicule ensablé jusqu'aux portières !

 

Journée splendide. Marie-Pierre prend son temps pour se lever. C’est au tour de Francine de trépigner. Elles manquent le début du briefing. Elles prennent le départ de justesse en 16e ligne.

 

À la 2e balise, elles donnent un cours de navigation aux Bleuets qui faisaient simple parce qu’elles s’étaient pratiquées en visant des clochers autour du Lac Saint-Jean. Ici, il faut mettre la carte avec le nord au nord, viser des montagnes, repérer le bon sens des dunes…

 

Pour aller à la 4e, elles décident de contourner les dunes. Excellente décision .  Mais à la balise,  le pointeur ne veut pas pointer : on se serait pas sur le bon parcours. Ben voyons. Il y a 3 équipes qui s’obstinent avec lui. Il accepte finalement de prendre en note les numéros des équipes. Une chance, parce que c’était effectivement la bonne balise !

 

Elles filent vers la 5e, toujours en contournant le cordon de dunes par le flanc de la montagne. Re-excellente décision. Mais elles tournent autour de la balise sans la voir, prennent du kilométrage. Mais elles y arrivent tout de même les premières encore une fois. Sauf que toute cette avance est perdue en essayant de trouver les foutues de pistes jusqu’au bivouac, où elles arrivent finalement avec Sophie et Raymonde.

 

RDS remporte l’étape et prend la 1e place au cumulatif. Les Gazelles ING ont fait une belle course et se sont propulsées de la 30e à la 15e place.

 

ÉTAPE 3, samedi 30 mars

Une très longue étape de 250 km de Tazzarine à M'Hamid, avec 5 balises. Une étape très éprouvante, tant pour les Gazelles que pour leurs voitures. Le terrain accidenté a particulièrement malmené certains véhicules qui ont dû être remorqués pour terminer le parcours balisé alors que certains équipages clôturaient l'épreuve bien après le coucher du soleil.

 

Francine et Marie-Pierre partent en première ligne sur le sentier balisé, mais aveuglées par le soleil qui se lève. Elles ne voient rien et ne cherchent pas les bonnes pistes autour de la 2e balise. Les km s’accumulent. Le moral est à son plus bas. Marie-Pierre a la gastro et a mal au cœur.

 

Puis c’est le surf dans le oued ! C’est magnifique. La 3e balise  est facile à trouver. Puis Francine se trompe dans ses repères et dérive de son cap à nouveau . Elle ne trouve pas la 4e balise. Elle grimpe sur les montagnes. Elle fait des exercices de triangulation. Finalement les Bleuets les sauvent en leur indiquant l’emplacement de la balise. En route vers la 5e, elles rencontrent Sophie et Raymonde en panne. C’est la désolation. Elles avaient déjà manqué une balise hier. Pour un podium, on reviendra !

 

Puis elles trouvent très facilement la 5 et font convoi avec les sœurs Guérer pour le retour au bivouac. Elles traversent un cirque magnifique avec un coucher de soleil extraordinaire. Mais c’est ensuite la galère pour rentrer au bivouac. On traverse la palmeraie de nuit. On roule comme des sauvages, il fait noir et on soulève beaucoup de poussière.

 

ÉTAPE 4, dimanche 31 mars et lundi 1er avril

Une étape marathon de deux jours autour de Mhamid ; 170 km, 8 balises, avec bivouac à la belle étoile. Au travers d’une des régions les plus sèches du Haut-Atlas marocain, dans une mer de sable parsemée d’herbe à chameau.

 

Marie-Pierre est à bout de forces ! Très faible, mais très déterminée à continuer. Le gruau, gracieuseté des Guérer, lui redonne un peu d’énergie. Le ciel est menaçant. Tempête de sable et de pluie. La course est arrêtée. Les organisateurs se sont demandés pendant quelques heures s’ils n’allaient pas interrompre l’étape pour des raisons de sécurité. On cause avec les sœurs Guérer dans leur véhicule !

 

Une pluie salvatrice s’est alors abattue sur les pare-brises. En quelques minutes la visibilité est redevenue correcte et les dunes un peu plus praticables. Heureusement, car elles constituent le menu principal des deux jours à venir. La course reprend. Elles contournent les dunes car elles ne veulent surtout pas jardiner. Pile sur la 2e balise.

 

Pour la 3e, elles contournent à nouveau les dunes et traversent des oueds absolument magnifiques. On se croit sur la planète Mars. Et il pleut. Et on prie qu’il n’arrive pas de pépins parce qu’il n’y a  pas un chat, même pas un martien. Et Marie-Pierre qui est encore très malade. Pile sur la balise.

 

Lasses de ces fameuses dunes, beaucoup de concurrentes furent contentes de trouver la balise 4 au cœur d’une petite palmeraie. Elle a constitué un merveilleux lieu de bivouac. Mais il mouillasse, il fait froid. On voit un serpent à sonnettes. On prend des photos des nomades. Francine fait le ménage dans le camion (on enlève un peu de bouette ). Sophie fait un feu et ouvre son Tail Gate Bar. À l’unanimité, Marie-Pierre et Francine décident de dormir dans le camion. Sage décision car il y aura des pluies diluviennes durant la nuit.

Le lendemain matin, pour se mettre en forme, un violent orage et une averse de grêle. Les pluies abondantes ont fait sortir de leur lit des oueds encore totalement à sec 24 heures auparavant. Ils sont devenus des bourbiers créés par les pluies les plus abondantes que la région ait connu depuis plusieurs années. Vu l'état du terrain, de nombreuses concurrentes ont décidé de rentrer directement au bivouac, quitte à se voir sanctionner les 600 points que coûtent les 4 dernières balises. La note est salée et l'étape marathon, comme d'habitude, va faire un tri sévère dans le classement.

 

Francine et Marie-Pierre évitent les grosses dunes apparemment infranchissables et contournent pour aller chercher la 5e balise. Elles naviguent dans de la vaseline. Elles croisent les Bleuets, qu’elles retrouvent à la 5 qui est un fort désaffecté. Photos. Le radiateur des Bleuets bouille tellement que leur camion a forcé dans la vaseline ! Elles se dirigent vers la 6e balise au cap jusqu’à ce que ça se merdouille : on navigue dans un champ de dunes très cassantes. Elles décident de faire convoi avec les Bleuets, les filles de Québec Nathalie et Sophie et Florence Bellier. Elles sortent des dunes et se dirigent vers le oued Drâa. De retour dans la vaseline : on joue aux auto-tamponneuses.  Cinq heures pour atteindre la 6e balise. Les véhicules sont totalement recouverts de boue. Ils font pitié à voir ! Un équipage a même vu sa voiture emportée et a pu se sauver in extremis par les fenêtres du véhicule.

 

Les balises 7 et 8 sont ensuite pointées avec facilité  et  elles arrivent au bivouac vers 17h30. Et avec seulement  47 km de pénalité malgré toute cette merde. Un parcours parfait. C’est l’euphorie ! Elles demeurent 3e au classement général.

 

C’est l’équipe #33 RDS Douville-Bergeron  qui est rentrée la première au bivouac, après avoir pointé les 8 balises. Ensuite, ce fut # 9 Beaucage-Demeules,  # 10 Reddy-Léveillé, #18 Plante-Juneau, #25 Dupuis-De Arburn et  # 46 Allaire-Théorêt. Dû à un bris de l’embrayage, les Gazelles ING Vézina- Beaucage n’a pas pu participer à l’étape marathon.

 

ÉTAPE 5, mardi et mercredi,  2 et 3 avril 2002

Pas de repos pour les Gazelles. Une seconde étape marathon, de Mhamid à Nejjakh, où elles arriveront au terme d'un très long parcours de 340 km.  Paysages montagneux de la vallée du Drâa avec rochers, cailloux, caillasses et autres minéraux qui constitueront les principaux ennemis. Il faudra louvoyer serré afin de les éviter pour ne pas provoquer la crevaison tant redoutée. Le temps est clément mais les intempéries des derniers jours ont passablement chamboulé le décor habituel. La grande mer de sable s’est en effet transformée en une immense mare boueuse, ajoutant pas mal de complexité à un parcours déjà difficile.

 

Le départ est retardé. Francine en profite pour faire un brin de lessive. L’étape débute finalement sous un soleil radieux et sera, fort heureusement, bien plus tranquille que les précédentes. Elles dorment entre les balises 2 et 3. Coucher de soleil magnifique. Orage droit devant. Beaucoup d’éclairs. Elles dorment à nouveau dans la voiture. Francine se fait réveiller dans la nuit par un spot dans le visage : c’est la lune !

 

Mercredi matin, elles pointent la 3e balise à 6h30 puis se calent d’aplomb dans le fond d’une rivière vers 7h00. Avec en prime une crevaison au pneu avant. L’équipe #10 Suzy et Tania les aident jusqu’à 10h00. Cric #42 s’enlise aussi, suivie de Sophie et Raymonde, suivie de Objectif Dunes #27. Cric leur laisse ses plaques et une pelle. Les Marocains donnent un fichu coup de main. Elles redécollent finalement vers 14h00 et filent vers la 4.  Francine trouve une passe raccourci dans la montagne pour enfiler la 5, mais une erreur d’estimation l’amène sur la mauvaise montagne. Francine disparaît à la recherche d’une « passe ». Mais c’est le temps qui passe et Francine ne revient pas. Marie-Pierre mange ses bas et sort son répertoire de gros mots. Avec le coucher du soleil, les balises vont bientôt fermer et c’est une coéquipière proche de l’hystérie que retrouve Francine lorsqu’elle daigne revenir au camion. Francine, d’ordinaire peureuse en auto, suggère d’emprunter une piste de chameau à flanc de montagne. Marie-Pierre refuse catégoriquement. Le soleil a du taper sur la tête de la navigatrice. Elles finissent par trouver la 5e balise juste avant la fermeture.

 

Et c’est encore la merdouille pour le retour sur le bivouac. Il fait noir. Elles suivent #45 Viviane Huguet ( Francine ne veut pas, mais ce n’est pas elle qui contrôle le volant ) ERREUR ! Elles se tankent sur un sommet de dune. Viviane les tracte. Elles retournent sur la piste ; Viviane décide de continuer et s’enlise. Elle déclenchera sa balise de recherche en plein milieu de la nuit… Francine et Marie-Pierre sont crevées, mais demeurent toujours en 3e position. RDS conserve la tête, mais sont seulement 4 points devant les quads de Gimenez-Poncet.

 

ÉTAPE 6, jeudi 4 avril 2002

Un dernier parcours en boucle autour de Nejjakh, qui devrait avoir des allures de formalité après les aléas des jours précédents. Les gazelles devront traverser un tronçon entièrement couvert de dunes réputées pour être les plus hautes du Sahara, les dune de Merzouga.

 

Le soleil brille à nouveau sur le désert mais à cause de la pluie des derniers jours, c’est la gadoue qui a constitué le principal obstacle. « L'épreuve était difficile à cause de la boue. Heureusement la solidarité est très présente chez les Gazelles. Les filles n'hésitent pas à mettre les pieds dans la boue pour t'aider. Cette solidarité, c'est presque ce qu'il y a de plus attirant dans cette épreuve » a déclaré Marie-Pierre à l’arrivée.

 

Francine et Marie-Pierre passent facilement les balises 1 et 2. Elles arrivent à Merzouga, dégonflent les pneus et foncent.  Il y a beaucoup de congestion et elles s’enlisent. À midi, le sable est de plus en plus mou et ravagé par les nombreux passages des autres participantes. C’est un vrai rodéo de dunes et Francine, consciente du stress de son pilote, ne dit pas un mot. Elle s’agrippe tant bien que mal. Ouf ! C’est réussi.

 

Elles regonflent, mangent un peu et cap sur la 4e balise. Francine dérive de plus en plus vers la gauche. Elles sont fatiguées, mais contentes de rouler sur du dur. Elles trouvent la balise et vite, veulent finir la journée. Mais vers la 5, elles crèvent sur une roche. Le cric ne fonctionne pas mais Cric joue de nouveau au St-Bernard. On ne voulait plus d’eau, on ne voulait plus de sable et maintenant on ne veut plus de roches. En fait, on ne veut plus de rien, sauf de l’asphalte. On pointe la 5e, il ne reste qu’à rentrer au bivouac. Mais Francine manque la passe et gruge de précieux km ! Elle grimpe encore sur le sommet d’une montagne et aperçoit le bivouac au loin. HOURRRA ! On a réussi ! Mais Marie-Pierre a toujours ce petit doute en elle qu’elle aime bien partager avec sa navigatrice  « Francine, t’es ben sûre ? ». Ben oui, Marie. Et on conserve notre troisième place ! On a gagné !

 

CLASSEMENT

Les deux équipages de tête se sont livré une lutte sans merci pour la première place. Au coude à coude tout au long du Rallye, la dernière étape a vraiment été décisive. « Aujourd'hui nous avons tenu le cap à la limite de la sécurité. On a pris les montagnes sur le flanc, coupé droit dans les dunes, déplacé des rochers pour se faire un chemin» raconte Claudine Douville. Finalement, seulement 670 mètres les séparent à la fin et elles remportent l’Or avec 128 points, une première pour un équipage québécois. Elles ont mené de bout en bout.

 

Francine et Marie-Pierre ont maintenu leur 3e place ( 204 points ).

Suzy Léveillé et Tanya Reddy prennent la 7e place ( 271 ).

Les sœurs Guérer ont fait une belle course en finissent 8e ( 380 )

La malchance a continué de poursuivre Sophie Racette-Villeneuve et Raymonde Legendre. Elles finissent en 11e place ( 629 ).

Nathalie Allaire et Sophie Théorêt sont 12e ( 644 ).

Les Gazelles ING, à cause de leur bris d’embrayage, n’ont pu faire la dernière étape, ce qui a provoqué leur recul en 36ème position ( 2447 ).

 

Lundi le 8 avril, les gazelles sont toutes reparties en voiture vers Tanger où elles ont embarqué dans un bateau en direction de l’Espagne pour certaines ou de la France pour d’autres.

 

De retour à Montréal, se sont les sœurs Guérer qui ont reçu le Grand Prix du Casino de Montréal, attribué à celles qui ont manifesté le meilleur esprit d’équipe.

 

ÉPILOGUE

À priori, il n’y avait pas forcément de points communs enter Marie-Pierre la douce rousse et Francine la tumultueuse brune. Pourtant à y regarder de plus près ce n’est pas étonnant qu’elles se soient trouvées pour participer en 2002 à leur premier Rallye Aicha des Gazelles ensembles. De cette expérience, est née une amitié assurément indestructible et le rêve, enfin réalisé, de ne pas mener une vie banale !

 

Marie-Pierre et Francine sont mères de famille de trois enfants; toutes deux ont un jour lâché leur job pour s’occuper des petits. Du fond de leur cuisine, elles se demandaient quoi faire pour sortir du train-train quotidien et fuir la banalité d’une vie trop commune. C’est Marie-Pierre la première qui s’est lancée dans le Rallye en 2001 (elle finira en 31ème position). Et tandis qu’elle suivait ses cours de cartes et boussoles auxquels elle ne comprenait rien – ce qui ne l’empêchait pas de rire – elle a rencontré Francine, l’ex-géographe qui se préparait de son côté, un an en avance, pour l’édition 2002 avec la ferme intention de la remporter.

 

D’épreuves intenses et incidents laborieux, d’un enlisement de sept heures dans la « bouette » en tempête de sable aveuglante, de montée vertigineuse dans les dunes en angoisses de rater une balise, d’une routine quotidienne épuisante en malaise médical temporaire, l’équipage carpedia.com de Francine et Marie-Pierre a terminé à la troisième place.

 

Les règles du bon équipage : une volonté en acier, une endurance sans limite, un sang-froid implacable et un sens de l’humour irrésistible !

 

« J’ai découvert que j’avais plus d’énergie que je ne le croyais, » conclut Francine. « Et Marie-Pierre est vraiment une femme d’exception : elle ne s’obstine jamais à propos de quelque chose qu’elle ne peut pas changer. Elle est tenace mais jamais acharnée ! »

 

« On ne s’échangerait pas, » rigole Marie-Pierre. « Et quand t’as fait la course, t’es déjà une héroïne ! C’est cool, non? »

 

« Je ne peux que conseiller cette épreuve à toutes les femmes. Quelles que soient les conditions, quand t’es une gazelle, tu n’abandonnes jamais.»

 

Source : Petit Monde, le portail de la famille et de l’enfance

http://www.petitmonde.com/iDoc/Article.asp?id=25188

 

 

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